par Nora Maafi

C’est une première en Belgique, une femme vient tout juste d’être nommée 1ère ministre. Sophie Wilmès, membre du parti libéral (Mouvement réformateur, MR), actuelle ministre fédérale du Budget succède à Charles Michel, futur président du Conseil européen. C’est donc la première femme qui occupera le poste de Première ministre en Affaires courantes, mais uniquementpar intérim. Cette nomination nous invite à prendre du recul et à examiner la présence politique des femmes dans la vie politique et institutionnelle des pays européens.

La politique, surtout une affaire d’hommes

Sophie wilmes
Sophie Wilmès, Premier Ministre de Belgique

Roselyne Bachelot, Cécile Duflot, Chantal Jouanno, Marine Le Pen, et bien d’autres femmes se livrent dans le documentaire de Stéphanie Kaïm Le sexisme en politique : un mal dominant diffusé une première fois en 2015, et nous racontent combien le sexisme dans la sphère politique est ordinaire. En effet, le domaine de la politique reste largement dominé par les hommes et les postes clés leur sont très souvent attribués. C’est le cas de la France où jamais une femme n’a été élue présidente de la République et où seule Edith Cresson a pu accéder au poste de 1ère ministre pour une très courte durée en 1991. Souvenons-nous de Ségolène Royal, gagnante de la primaire présidentielle du PS, qui en 2007 n’a pas été soutenue par les « éléphants » du parti socialiste pendant sa campagne présidentielle, ces derniers niant sa légitimité à représenter le parti lors de l’échéance suprême.

Alors que beaucoup d’hommes considèrent que les femmes n’ont pas leur place en politique, ces dernières redoublent d’effort pour gagner en crédibilité. Et malgré leurs compétences, leur niveau d’étude et leur expérience, elles peinent à être reconnues dans ce milieu sexiste qui hésite encore à leur confier des postes clés.

Les femmes occupent de plus en plus de postes à enjeu

Fort heureusement, des progrès notables ont été accomplis puisque l’on trouve dans les 28 Etats membres deux chancelières à la tête de leurs pays respectifs notamment la chancelière allemande Angela Merkel qui est en fonction depuis 14 ans. D’autres pays moins peuplés comme la Croatie, l’Estonie et la Slovaquie ont pour présidente une femme. La Roumanie, le Danemark et la Belgique ont quant à eux choisi une femme pour occuper le poste de Première ministre.

Les femmes sont aussi appelées dans les contextes difficiles. Margaret Thatcher et Theresa May sont arrivées au pouvoir dans une période de crise au Royaume-Uni. L’article Les femmes sont-elles promues quand ça va mal ? publié le 24 juin 2019 dans le Monde.fr révèle que des études universitaires basées sur le monde de l’entreprise montrent que les femmes sont souvent nommées pour gérer des contextes de crise.

Certains pays européens ont choisi la parité homme-femme dans la composition de leur gouvernement tout en confiant des postes régaliens aux femmes. Selon les statistiques de la Fondation Robert Schuman datée de juillet 2019, La Finlande arrive en première position avec un gouvernement composé de 6 hommes et 11 femmes dont Maria Ohisalo au poste de ministre de l’Intérieur et Anna-Maja Henriksson à celui de ministre de la Justice.

Un pays du Sud, le Royaume d’Espagne arrive en deuxième position avec 7 hommes au gouvernement et 11 femmes à qui 3 postes régaliens (Justice, Défense, Economie) et un poste de vice-présidente du gouvernement ont été attribués.

Vient la Suède en troisième position avec un gouvernement composé de 12 hommes et 12 femmes dont Margot Wallström au poste de ministre des Affaires étrangères et Magdalena Andersson à celui de ministre des finances.

La France, classée cinquième, compte 11 ministres hommes et 9 femmes dont deux, Nicole Belloubet et Florence Parly, occupent des postes régaliens.

Les femmes dans les autres représentations politiques

Les femmes sont aussi de plus en plus représentées dans les parlements nationaux. Dans le classement mondial des parlements au 1er février 2019 figurant sur le site Touteleurope.eu, la Suède, la Finlande et l’Espagne arrivent en tête avec respectivement 44%, 42% et 39% au sein de la chambre basse ou unique. En France, la loi sur la parité a un peu changé la donne puisqu’elle instaure des quotas pour l’accès aux mandats électoraux ce qui lui permet de compter 38,8% de femmes à l’Assemblée nationale et 29% au Sénat mais le pays est encore loin de la parité. Au Luxembourg, seulement 25% de femmes ont un siège.

Dans la vie politique française seule Marine Le Pen, qui a hérité d’un nom et d’un mouvement structuré, a pu accéder à la présidence d’un grand parti français. Preuve que les mentalités évoluent, elle joue depuis les années 2010 un rôle majeur dans le débat politique national, en tant que principale force d’opposition dans le pays, malgré un socle électoral conservateur qui ne se dit pas particulièrement porté sur les questions liées au féminisme dans les sondages d’opinion.

Une évolution positive des mentalités en Europe est donc indéniable, mais de nombreuses barrières subsistent à l’égalité entre les hommes et les femmes en politique. La photographie officielle des chefs d’Etats des 28 Etats-membres de l’UE montre de manière éloquente à quel point le chemin à parcourir reste long, sans que la moindre raison valable ne justifie les derniers « plafonds de verre ». Pour paraphraser Françoise Giroud, la femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à des postes importants, seront désignées des femmes incompétentes. Il reste encore de nombreuses places à prendre.

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